vendredi 19 mai 2017

Le demi de Nantes

Il est 8h, en ce vendredi 28 avril, je m'apprête à m'envoler vers mes terres natales, et les images se bousculent dans ma tête.

Je me revois, petit garçon, courant pieds nus dans la savane nazairienne, échappant de justesse aux prédateurs embusqués, et rejoignant une équipe de très jeunes ouvriers, entre 4 et 8 ans, afin d'effectuer nos 3X8 hebdomadaires sur les chantiers de l'Atlantique.
Il nous faut terminer le France. Notre petite taille, ainsi que notre agilité nous permettent d'accéder aux recoins du vaisseau. Nous en sommes aux dernières fioritures, et il nous faut livrer, dans les temps, notre ouvrage, qui fait la fierté du pays et de notre région.
Lorsque soudain, je sens mon pied droit glisser sur le pont fraichement savonné, je bascule et...

C'est alors, que, je sursaute, la bave aux lèvres, réveillé par un stewart, plus viril qu'à l'ordinaire, me demandant d'évacuer l'avion.
-"Déjà ?".
-"Ben oui M'sieurs. Toulouse-Nantes, c'est pas la traversée de l'atlantique".
-"Ok".

Je sors, de l'aéroport Nantais, aveuglé par un soleil inhabituel, et inespéré, si j'en crois mes souvenirs de bruines et de "grains", comme on dit dans le coin.
 Je suis encore pensif, alors que j'arbore mes lunettes aux verres teintés. Je repense à mon dernier rendez-vous manqué avec le marathon de Nantes de 2015, le marathon que je n'ai pas couru, pour cause de hanche récalcitrante.

J'ai bien l'intention de prendre ma revanche cette année, si ce n'est que quelque chose m'inquiète. Je suis à 48h d'un nouvel exploit, et j'ai peur de tout gâcher.
Comment vous dire ? Je suis assez connu dans le milieu pour mon professionnalisme et ma rigueur, mais je suis en proie au doute.

Je suis hébergé par mon coach nantais dont l'embonpoint me fait douter de son hygiène de vie, et j'ai peur de sombrer. Comme tout champion, je reste fragile psychologiquement, et je redoute le moment où je devrais dire "non" devant mon premier demi à base de houblon, appelant un deuxième demi, suivi inexorablement d'un troisième, et c'est l'engrenage, suivi d'une baisse assez brutale des performances sportives.

                                                          (ceci n'est pas une bière)

Il est 22h, ce vendredi soir, et après, une journée à marcher et même courir (6 km), le danger guette. C'est alors que nous échappons de justesse à un apéro traquenard qui nous tendait les bras, à base de SMS. Nous résistons à l'appel. Ouf ! je peux m'endormir rassuré. Plus que 24h.

Mais j'ai eu tort, je le reconnais, et me suis trompé sur le sérieux de mon entraineur, qui a même su se transformer en cordon bleu végétarien, me permettant de parachever de façon optimale ma préparation.

Enfin, le jour J, il est 8h30, et comme 4000 collègues en short (4 400 inscrits en tout cas), je rejoins le point de départ sur l'Isle de Nantes. Oui, il est à noté que le parcours du semi est différent de celui des marathoniens qui est d'avantage situé dans le centre, ce qui permet aux forçats du bitume d'accaparer les hourras de la foule.

Alors que nous, pauvres semi-marathoniens, nous n'avons même pas droit à la moitié d'un encouragement. Bon, j’exagère un peu, mais l'ambiance n'est clairement pas sur notre chemin.
Tant pis. L'heure particulièrement matinale n'a pas aidé non plus.

Que dire de la course ? J'ai essayé de mettre un pied devant l'autre le plus vite possible pendant 21.1 km. C'est tout.

Alors pourquoi toutes ces questions et polémiques ?
Parce que les chiffres des organisateurs et de la police (enfin, ma montre) ne concordent pas tout à fait.
Selon ma montre, j'ai fait péter mon record sur 15, 20 et 21.1 km achevés en 1h45. Yes !

Oui mais le hic, c'est que comme sur le semi semelle de Blagnac, il me restait 400 mètres avant l'arrivée que je franchis en 1h47 (temps réel).
Bon alors, je l'ai pété où je ne l'ai pas pété ce record ?


Ben si je me fie à ma montre, c'est le seul repère stable, oui, et j'achève ma tournée printanière, et mes 3 semis sur un une bonne note. 1h47 à Blagnac, 1h46 à Colomiers et 1h45 à Nantes selon les critères de Garmin.

Voilà voilà. En tout cas le classement me satisfait bien. 1170ème sur 3554. Je suis tout juste dans le premier tiers, quoi. Ouaip.

-"Merci coach. Maintenant on va la boire cette bière ?".
-"Tu préfèrerais pas une bolée de cidre ?".

Rires enregistrés.


samedi 8 avril 2017

Le semi érotique de Colomiers

Il est 8h en ce dimanche 2 avril, je suis devant la glace et j'essaye mon 5ème t-shirt, à la recherche de la tenue parfaite, celle qui me fera briller au sein d'un peloton à l'esthétisme des plus sages. J'ai décidé de faire honneur à mon dossard 69 et de mettre tout en œuvre pour exploiter un sex-appeal inné.

Un T-shirt transparent ? Euh...Ma foutue timidité me rappelle à l'ordre. "Dembé, si ta mère te voyait quand même". Euh ouais...ça craint.

La mort dans l'âme, j'opte pour un bon vieux t-shirt gris. Je n'ai pas trouvé plus coloré dans ma garde robe running. Pas de fluo, pas de chaussettes résilles, rien qui ne pourra me faire sortir du lot. Je suis condamné à l'anonymat encore une fois.

J'ai le moral dans les jarretelles lorsque je réalise que, pour une fois, je ne serai pas tout seul sur cette foutue course de mes deux.
Mais oui ! Ce semi érotique devrait d'avantage ressembler à une réunion familiale qu'à un défilé Woman Secret.


En effet je suis accompagné de quatre autres coureurs âgés de 9 à 49 ans, soit deux nièces, un beau-frère et un fils spirituel. Le team Dembé Dembé est au complet.

Chacun dans notre catégorie nous sommes décidés à écraser la concurrence et à faire péter nos personal records (surtout moi).

Que dire ? Les gazelles inscrites sur le 1 km ont fait honneur mais ont dû rendre les armes face à des concurrents aux physiques hors norme.

Le beauf et le fils spirituel ont aligné des temps allant de 38 à 53 minutes sur 10 bornes.


Et quant à moi, j'ai la flemme de vous raconter ma course semée de rond-points, de grandes avenues, de faux-plat, de trombes d'eau et de personnal records. En effet, mon principal exploit est d'avoir terminé mes 21 kilomètres en 1h46. On ne m'arrête plus. Je viens de faire péter mon meilleur temps sur la distance.

La prochaine échéance me mènera vers mes terres natales,  à la fin du mois.

Nantes me tend les bras, et si je ne gâche pas les deux derniers jours précédant la course par un régime à base de houblon, je pourrai même viser un bon vieux 1h45.

Je suis en pleine phase ascendante, pourvu que cela dure. 



samedi 25 mars 2017

Vers un semi érotique ?

Il est 22h, nous sommes à J-7 d'un semi de Colomiers que je me dois de ponctuer de toute une série de personal records et je suis en train de finaliser mon inscription sur internet. "Cette course  va entrer dans la légende, j'en suis certain", me dis-je.

Alors que je suis perdu dans mes pensées  et mes rêves de victoire, mon regard est attirer par mon numéro de dossard : 

69

-"semi érotique".
Je me surprends à fredonner ces deux mots, accompagnés d'une mélodie Gainsbourienne bien connue, que je teinte d'un soupçon d'accent britannique.

Mais oui, je n'ai pas la berlue. Les organisateurs, ainsi que le logiciel d'inscription, ont tout de suite compris le potentiel sensuel qui se dégageait, de façon quasi animale, du régional de l'étape, Dembé Dembé, le Kenyan Columérin.

Il est vrai qu'affubler de mes bas de contention je ne  laisse pas les spectatrices et spectateurs insensibles, je l'ai bien remarqué. A moins que je n'opte pour des soquettes laissant apparaitre des mollets impudiques.


Jusque-là ma relation à cette pratique sportive penchait surtout du côté d'un sado-masochisme revendiqué, mais aujourd'hui, je suis plus soft, tel un film du dimanche soir sur M6, de la grande époque, que les moins de 20 ans (30 ans ?) ne peuvent pas connaitre.

Je penserai à vous, lecteurs, lorsque je me scotcherai les tétons la semaine prochaine...pour éviter tout frottement douloureux avec mon t-shirt technique.
Je n'hésiterai pas non plus à raccourcir mon short pour la bonne cause et la Bande Originale de ma course sera composée par Pierre Bachelet.

 Mes amis, ce dossard va me galvaniser et me permettre de booster mes performances et d'accomplir des prouesses.

Et surtout ne soyez pas surpris, voire choqués, lorsque postés au bord de la route, le 69 vous fera de l’œil.  En tout bien tout honneur.




mardi 14 mars 2017

Le semi-végétarien 2017 est arrivé

Il est 10h39, en ce mardi 14 mars 2017, soit deux jours après mon semi-semelle de Blagnac. Je suis en train de retirer une commande au drive, lorsqu'un employé au gilet rouge me propose de profiter d'une offre exceptionnelle, soit une saucisse quasi-faisandée pour rien du tout. Que dalle. Cadeau de la maison.

Et je m'entends lui répondre : "non merci, je ne mange pas de viande".

Je reprends ma voiture, encore sous le coup de l'émotion. Alors c'est vrai ? Je me suis vraiment décidé ? Fini la bidoche ?

C'est alors qu'un souvenir que j'avais complètement effacé de ma mémoire me revient à l'esprit. Deux jours plus tôt, alors que je revenais de ma dernière épreuve sportive, le sourire aux lèvres, les "personal records" enregistrés sur ma montre, je me suis dirigé instinctivement vers mon kebab préféré, pour célébrer tout ça. Je me revois alors commander une assiette de falafels et dire au vendeur que je ne mangerai plus de ce pain-là, enfin de viande quoi.



-"Mais c'est pour 3 jours ou bien...?" me répondit le petit insolent, le sarcasme en coin.

-"Non, c'est pour toujouuuuuuuuuuurs" !
Car oui, je vous entends déjà ricaner quant à ma dernière lubie et m'attendre au coin d'une table avec un confit de canard qui me ferait de l’œil.

Oh j'imagine déjà les repas de famille et le regard implorant de ma mère devant mon refus de goûter à son foie gras...pas vraiment le sien mais celui d'une oie innocente qu'on a gavé jusqu'à l'implosion.

Eh bien oui, ça y est, j'endosse jusqu'au bout mon costume de bobo citadin.

Jusqu'au bout ? Oui enfin bon...pour l'instant je ne suis que semi-végétarien. Non, ça ne veut pas dire que je suis végétarien un jour sur deux. Non, ça veut dire que je ne mange plus de viande mais que comme je suis faible, je continue à bouffer du poisson (parce que c'est quand même moins mignon qu'un veau), des oeufs et du fromage. Je sais c'est mal mais je suis comme ça, je fais souvent les choses à moitié.

 
Je vous entends encore dans un coin de mon cerveau abimé par des années de boucherie. "Mais pourquoi tu nous parles de ça dans un blog consacré à ta pratique, semi-professionnelle, de la course à pied "?

Ben parce que j'en ai marre de parler de running. On s'en fout de mes personal records...alors que mon engagement soudain pour la cause animale va faire l'effet d'une bombe dans la blogosphère, c'est sûr.
Et vous n'êtes pas à l'abri de sujets de société vus sous le prisme d'un quadra en mal de reconnaissance.

Je suis même à deux doigts de créer un blog de cuisine semi-végétarienne. C'est pour dire.

Mais bon, l'heure est solennelle. Mes amis, je fais le choix, aujourd'hui, de refuser toutes les propositions de dealers de viande, que cela vienne du Kebab, d'Auchan drive ou même de ma mère. C'est pour dire.

Oui, j'ai choisi la semi-frustration pour être pleinement semi-cohérent avec moi.

Meat is murder.

Fish is muder too...but we'll see later.

dimanche 12 mars 2017

Le semi-semelle de Blagnac 2017

Il est 7H30, en ce dimanche 12 mars 2017. C'est le jour J d'une épreuve sportive chère à mon cœur et à mes pieds car elle mêle centre commercial et semi-marathon dans une osmose parfaite.

Ah Blagnac ! Ton Leclerc sera le théâtre de mon exploit du jour, j'en suis sûr. Il faut bien dire que je me suis levé du bon pied justement, et mêmes des deux.

C'est auréolé d'un record personnel sur 10 km, 2 semaines plus tôt, que je m'apprête à affronter le bitume, ce matin. Il s'avère que comme l'avait prédit le toubib Québecois dans la vidéo de mon post précédent, moins je cours vite, plus je cours vite. J'me comprends.

Et puis, alors que je traverse le salon de notre appartement, je réalise qu'un être malfaisant à qui j'offre le gîte et le couvert (des croquettes hors de prix recommandées par le véto) depuis plus de six ans a décidé de ruiner mes espoirs.

Mais au-delà des mots, je préfère le choc des images. J'ai donc décidé de reconstituer la scène. Je précise que les acteurs présents sont non-professionnels, bien sûr.



Mais arrêtons-là le mélodrame familial, je décide de m'isoler afin de me recentrer sur mon objectif du jour. Faire péter un record, n'importe lequel, j'm'en fous.

Je prends donc ma voiture et regrette de ne pas avoir chronométré mes trajets lors des deux dernières éditions du semi de Blagnac ...j'aurais pu battre mon record. Et puis en fait non, car j'ai mis un temps fou pour me trouver une place. Certains parkings sont fermés, vigipirate oblige.

Décidément, ça commence mal.

Bon, je vais retirer mon dossard le plus vite possible, ça c'est sûr, je vais battre mon record de retirage de dossard. Et puis non, il y a un mec devant moi qui parlemente 150 ans parce qu'il lui manque une épingle. J'ai une furieuse envie de lui  piquer le cul avec MON épingle. Celle que j'ai en trop.

Bon, et puis finalement je vais m'isoler dans ma voiture pour me recentrer sur mon objectif...j'ai 1h d'avance.

Putain, il faut que je batte un record ! L'échauffement le plus rapide ? C'est jouable. Je fais deux allers et retours le long du supermarché, je me laisse griser par ma lenteur et...pas de record en vue. J'ai été trop long mais je suis chaud. Ouf ! C'est déjà ça.

Alors que je me place au milieu de mes congénères derrière la ligne de départ, un peu plus d'un millier, je  me dis qu'il va falloir faire parler la poudre, ce matin, même mouillée. Euh oui, le temps n'est pas au beau fixe, les nuages sont menaçants et quelques bourrasques de vent ne présagent pas d'une performance exceptionnelle. En tout cas j'ai déjà une bonne excuse si le rythme n'y est pas. Météo pourrie...et puis je ne vous avais pas dit mais j'ai un peu mal à la cheville.

C'est armé de ces faux-fuyants irréfutables que je prends le départ, détendu, à la poursuite du meneur d'allure "1h45"...et puis merde. Non, tant pis. Je le laisse partir faire son malin avec son drapeau bleu. Je ne m'engage pas dans cette traque inutile, j'ai pas le niveau. Il s'éloigne, petit à petit, telle l'antilope dans la savane Blagnacaise.

Bip Bip...ah oui ça c'est mon nouveau coach. Celui que j'ai autour du poignet. Il me dit que je tiens le bon bout. 5mn/km. Ok tout va bien et je tiens le rythme pendant 15 bornes. Il m'annonce officiellement mon premier record, 15km en 1H15. Merci coach !
Bip Bip, "Personal record sur 10 miles en 1H20". Bon, on s'en fout un peu mais ça fait plaisir. Merci Coach.
Bip Bip. Quoi encore ????. "Personal record sur 20km en 1h41". Euh merci encore.
Bip Bip. Qué ? "Personnal record sur semi-marathon en 1h47". C'est l'extase, j'ai presque envie de m'arrêter sauf qu'il doit bien manquer 400 mètres avant d'atteindre la ligne d'arrivée.


Putain de montre, même pas foutu de bien régler son GPS, à moins que ce ne soit le tracé qui ne soit pas hyper carré. En tout cas il faut quand même rajouter 2 minutes à mon personal record car je franchis la ligne en, officiellement, 1h49.

Hein quoi ? Mais c'est mon record personnel ? Ben oui 1 minute de mieux qu'à Toulouse en septembre, qui était déjà mon personal record. Waouh. C'est trop beau.

Je peux rentrer fièrement à la maison en exhibant ma montre devant le nez de ma femme pour qu'elle prenne bien la mesure de mes personal records.

Il est temps de me rabibocher avec notre colocataire à poils mi-longs et de lui offrir une deuxième rasade de croquettes en signe d’apaisement. Ok, j'ai le bout des orteils dont la sur-pronation n'est plus corrigée. Et alors ? Est-ce que c'est si grave ?

Bip bip.
Merci coach. Toi aussi t'es le meilleur.





samedi 11 février 2017

Consécration - saison 17 épisode 42

Il est 9h42, en ce samedi matin grisâtre, dans la périphérie toulousaine, environ 3 mois et demi après ma déconvenue d'un marathon de Toulouse interminable. Ma terrasse donne sur un hangar qui abrite un A380 en pleine révision (probablement la vidange des 15 000 kilomètres ou un changement d'essuie-glace). Je sirote un café décaféiné, ce qui lui enlève toute son âme et son sel, lorsque j'entends le facteur glisser, discrètement, sous ma porte, un journal local voire municipal.

- "Ah tiens c'est le Columérin". Me dis-je dans un accès (rare) de lucidité. Il serait temps pour moi, d'ailleurs, de reprendre contact avec mes concitoyens que je fuis depuis ma déconfiture du mois d'octobre.

- "Non, arrêtez ! N'essayez pas d'être gentils avec moi !". J'ai profondément déçu toute une ville, tout un peuple qui croyait en mes chances et en ma victoire, sur un peloton de coureurs africains que j'aurais réussi à dominer dans un finish hallucinant et plein de rebondissements.

Mais non, au lieu de ça je me suis pris les pieds dans un t-shirt trop grand et dans des ambitions XXL. La vie de sportif est trop dure, alors j'ai passé ces dernières semaines reclus dans mon appartement, évitant tout échange avec mes voisins, mes collègues, ma famille, mes compatriotes.

En ce début de week-end, je suis encore en train de me vautrer dans ma déception lorsque le ciel, tout à coup, me laisse entrevoir une éclaircie, revigorant une météo intérieure qui était proche de la dépression.

- "Mais c'est moi" !
- Oui Dembé Dembé. Colomiers n'est pas rancunier et c'est bien toi qui est mis à l'honneur, page 10 (le meilleur emplacement selon les professionnels), dans le canard du coin. J'ai espéré, quelques secondes, qu'une erreur de frappe ne transforme mes 4h39 en 3h39, ou mieux 2h39...mais non. L'intégrité journalistique du Columérin n'est certainement pas à remettre en cause.

  (oui, je sais, c'est flou)

Ouf. Je peux enfin ressortir mes baskets et croire, de nouveau, en de futurs exploits. C'est la consécration. Les gens me sourient dans la rue, et j'entends  des "Dembé ! Dembé !" retentir dans mes oreilles, à moins que ce ne soit un chien qui jappe...

"Ok, mes amis ! Je suis chaud" !
Ces quelques semaines d'introspection m'ont décidé à changer mes habitudes en matière d'entrainement. Premièrement, j'ai viré mon ancien coach (moi-même), pour engager quelqu'un de plus compétent...ou plutôt quelque chose. Oui je suis, dorénavant, épaulé par un objet connecté que je serre habituellement autour de mon poignet, et qui, accessoirement, donne l'heure, le GPS, le cardio-machin-truc et me réveille le matin. Je sais, je ne me refuse rien.

Mais surtout, j'ai trouvé un nouveau mentor dont le discours et l'accent québécois raisonnent avec bonheur à mes oreilles. Ecoutez-ça :


Tabernacle ! Mais oui c'est ça ! Il faut courir lentement ! Ok, je reprends tout à zéro, et je fais du 2 à l'heure.

Si vous me voyez trottiner dans la rue, n'hésitez pas à marcher à côté de moi, ou à me dépasser, je ne le prendrai pas mal. Les enfants, les papis, les mamies, prenez vos déambulateurs et rejoignez-moi dans cette farandole poussive.

Quitte à stagner dans ma pratique, autant assumer jusqu'au bout.

Les plus grands spécialistes vous le diront, pour progresser, il faut développer son....
endurance fondamentale !!!!!


mardi 8 novembre 2016

Dembé Dembé au marathon de Toulouse ou récit d'un naufrage (épisode 3)

Nous sommes le 23 octobre, sur le pont Coubertin, à 10 minutes de l'épreuve fatidique. Je suis dans tous mes états car je me vois interdire l'accès au SAS élite par un officiel malveillant.
-"Vous savez qui je suis ?". Je fulmine. "Avez-vous conscience que le peuple Columérin est derrière moi ? Il ne comprendrait pas que je ne me trouve pas aux avants-postes avec mes frères Kenyans ?".
-"Ah oui  ! Tu es le Kenyan Columérin ! Dembé Dembé ! Celui qui a fait 4h26 à Bordeaux au printemps dernier ! HA HA HA HA HA HA HA HA HA HA !".
Je tente d'ignorer son hilarité.
-"Tu sais quoi ?", Reprend-il, "tu peux aller te rhabiller avec ton t-shirt trop grand. Vas-voir là-bas si j'y suis !".
Dans une dernière tentative je lui fais remarquer que tous les Kenyans et Ethiopiens, coureurs longilignes, ont  des t-shirts trop grands, alors pourquoi pas moi ?

Rien à faire. Cet officiel fait preuve d'une vraie autorité malgré son t-shirt rose et je suis obligé de rejoindre les bas-fond du peloton. J'ai l'impression d'être, encore une fois, une victime collatérale de ce vieil antagonisme entre les deux plus grandes villes de Haute-Garonne .

Je me positionne dans le SAS 4h et je pense à ce petit enfant qui a dû se lever aux aurores pour rejoindre, avec son papa, un des nombreux bus mis à disposition par la mairie de Colomiers. Il doit attendre, dans le froid, derrière une barrière, que le 1389, qui porte haut les couleurs de sa ville,  passe triomphant, au coude à coude avec un athlète africain des hauts-plateaux.

J'ai les larmes aux yeux lorsque le départ est donné.
Premier constat : mon t-shirt gonfle avec le vent. Il y a quelques bonnes rafales et je ressemble parfois à un voilier. Tant pis, les éléments sont contre moi mais j'en ai vu d'autres. Je me souviens d'une époque où j'allais à l'école, courant pieds nus dans la savane nazairienne (ben oui je suis de St-Nazaire), évitant les points d'eau dans lesquels venaient se désaltérer le roi des animaux.

Bon, revenons à nos moutons.
Deuxième constat : ils sont passés où les meneurs d'allure 4h ? J'ai beau regarder devant moi, ils ont disparu. Aïe, il va falloir revoir mes objectifs à la baisse. Record du monde ? Pas ce matin.
Moins de 3 heures ? Compliqué. 3h30 ? Difficile. 4 heures ? Gloups.

Je dis ça mais je franchis les 21 premiers kilomètres en 2 heures, le sub 4h est toujours possible même si mes jambes commencent à m'envoyer des messages alarmants.
En fait c'est le kilomètres 25 qui m'a fait perdre mes illusions. Je flirte dorénavant avec les 10km/h.





Km 27. Ça y est j'ai l'impression que mes jambes sont prises dans un étau.

Km 30. A chaque nouveau kilomètre un tour de manivelle est donné et des mâchoires d'acier m'écrasent les guiboles, à partir des hanches jusqu'aux chevilles.

Km 32. Vive le sport.

Km 33. Ma femme m'attend au bord de la route. Je lui avais demandé de me préparer une seringue pleine d'anabolisants au cas où. Je baisse mon short pour qu'elle puisse choisir une fesse à piquer. Au lieu de cela elle me tend une bouteille d'eau sucrée.

Km 34. Je sens les premiers effets. Je passe de 8.5 km/h à 8.6 km/h.

Km 34.2. Je tiens le bon bout.

Km 34.3. Je ne suis plus un coureur.

Km 34.4. Je suis un marcheur.

J'alterne marche et simili-course. J'ai conscience que je suis en train de perdre ma dignité. Et en plus on se retrouve en plein centre-ville. Une foule en liesse nous encourage, nous, les athlètes de bas-niveau.

Km 39. C'est le drame. Les meneurs 4h30 me dépassent. Nooooooooooooon ! Pas çaaaaaaaaa !

Km 40. Si.

Km 41.9. Il est temps d'entamer mon fameux sprint final. J'ai 300 mètres pour faire parler la foudre.

Km 42. 300 mètres ça fait beaucoup. Je remarche un peu.

Km 42.1. Plus que 100 mètres. Je franchis la ligne d'arrivée en rampant.

Km 42.2 4h39 !

Oh làlàlàlàlàlàlàlà. Je suis au bord de l'épuisement et tout un tas de questions se bousculent dans ma tête.
Pourquoi moi ? Qui suis-je ? Comment vais-je faire pour retourner à Colomiers ? Qui voudra manger à côté de moi au restaurant administratif ?

Dernier constat : Je vire mon coach. C'était qui ? Moi.

Bon, l'heure n'est pas encore complètement au bilan et j'ai hyper envie de pisser car j'ai bu des litres d'eau. La place du Capitole est pleine comme un œuf. Nous rentrons à la maison pour me soulager. Je suis pour la 4ème fois marathonien. Je ne garde que cela en tête pour le moment, mais si je ne veux pas franchir la barre des 5 heures la prochaine fois il va falloir changer des trucs dans ma préparation, et je ne parle pas de t-shirt.

Je suis entre l'euphorie et la loose, l'eupholoose. Le mur marque un nouveau point et pas des moindre.

Le mur 3 - Armand (Dembé Dembé) 1.

End of story.