dimanche 5 avril 2015

McFarland ou le Disney Running

On connaissait déjà les courses à thème "Disney" un peu régressives. En gros, tu te déguises en "Robin des bois" (ou n'importe quel héros de ton enfance) et tu cours ton marathon, et c'est trop "magique et féérique".
Soit, mais il serait bienvenu et classe que tu voles les ravitaillements, les montres GPS, les pompes des plus riches pour les redistribuer à des concurrents ou spectateurs pauvres, une fois que tu as bien sué.


Et bien les studios de cinéma Disney continuent à exploiter le filon "Running" en produisant LE prochain film sur la course à pied, avec, roulements de tambour, Kevin Costner, qui, après avoir dansé avec les loups, court cette fois-ci avec les chicanos.

L'histoire, s'inspire de faits réels, et de la carrière du coach Jim Blanco White, qui a dirigé dans les années 90 une équipe de cross-country, composée uniquement de fils d'immigrés latinos.

En voici la Bande Annonce. Il n'est pas difficile d'imaginer que le traitement de cette histoire sur fond social et sportif sera très édulcorée et quelque peu tire-larmes.
On pense, bien entendu, au tout récent et très Hollywoodien "Invincible" d'Angelina Jolie, basé lui aussi sur une histoire vraie et finalement passé assez inaperçu.


L'histoire de ce coach et de ses élèves défavorisés, apprenti coureurs qui ont raflé 6 championnats de cross-country d'affilée dans l'état de Californie, au nez et à la barbe de lycéens huppés de L.A, est magnifique en soi bien sûr.
Et je me prends à rêver d'une réalisation signée Clint Eastwood qui pourrait donner ses lettres de noblesse au "film de course à pied", avec un casting un peu moins lisse. Que cela sente un peu la sueur quoi...
Mais bon, après tout, je ne l'ai pas encore vu, car il est sorti aux States en février et qu'il n'est pas encore prévu dans les salles Françaises. Laissons à Kevin le bénéfice du doute avant d'hurler avec les loups.
Par contre, je conseille la lecture (en anglais uniquement) de l'article du L.A Times, datant du 1er décembre 1997 qui rend compte du travail de Mr White et de l'engagement quotidien et sportif de ses lycéens  malgré un contexte particulièrement âpre, loin du cliché Disney.
A lire ici.



vendredi 3 avril 2015

Marathon Boy

Attention, documentaire dérangeant.
En effet le film dont j'ai envie de parler aujourd'hui et qui retrace le destin exceptionnel, hors norme, tragique, d'un enfant né dans la misère d'un bidon-ville indien, m'avait laissé un goût plutôt amer après son visionnement sur Arte il y a 3 ans et sa rediffusion l'été dernier.
Gemma Atwal, la réalisatrice, a suivi pendant six ans, pour la B.B.C, la vie de ce petit garçon, Budhia Singh, doté (selon son entraîneur) d'un talent inné et "divin" pour la course à pied et l'endurance.


L'histoire commence en 2002, dans un quartier misérable de l'état d'Orissa situé à l'est de l'Inde. Budhia, dont le père a déserté le foyer, est vendu par sa mère à un marchand des rues pour 800 roupies. La vie de cet enfant est déjà marquée par la maltraitance lorsqu'un certain Biranchi Das, entraîneur et directeur d'un club de judo pour orphelins et déshérités, décide de racheter et de récupérer le garçon, alors âgé de trois ans.
Il devient le mentor de Budhia chez qui il pense déceler un don pour la course et les longues distances et qu'il veut préparer pour les Jeux Olympiques (2020 ?, 2024 ?). Ainsi, selon la légende, l'enfant court pas moins de 48 marathons entre 3 et 5 ans.

Au début du documentaire, il entame un nouveau défi (qui dépasse notre entendement) devant de nombreux journalistes et une foule en liesse postée le long de son parcours. Budhia rallie Puri à Bhubaneswar, située à 65 km.

Les images sont, bien entendu, extrêmement choquantes lorsque, après un effort de plus de 7h, le garçon arrive dans un état d'épuisement tel qu'il est pris de convulsions et qu'il passe tout près de la mort. Ce que son entourage ne semble pas complètement réaliser.

Dés lors, l'enfant est érigé par son entraîneur comme un véritable symbole politique d'une population misérable qui s'élève par le sport face à un gouvernement corrompu. Le conflit est définitivement amorcé lorsqu'un comité pour la protection de l'enfance, mandaté par les autorités de l'état d'Orissa, décide d'interdire la nouvelle lubie de Biranchi Das, à savoir une marche pour Budhia de 500 km entre Bhubaneswar et Calcutta.

La situation s'envenime et l'on comprend, au fur et à mesure du film, que l'entraîneur n'est pas qu'un simple tortionnaire avide de reconnaissance et d'argent, mais bien le porte-parole d'une catégorie de la population, pauvre et abandonnée par le gouvernement.


Au milieu de ces hostilités, Budhia semble perdu, au bord de l'épuisement. Il est l'objet d'enjeux qui le dépassent. D'un côté il est soumis à un entraînement extrême par Biranchi et de l'autre il est manipulé par les représentants d'un état corrompu, et même obligé de témoigner contre son gourou.

La guerre, principalement médiatique et judiciaire, que se livrent l'Etat d'Orissa et Biranchi Das, franchit une nouvelle étape et bascule dans le "fait divers" avec l'assassinat du mentor. Ce dernier avait d'ailleurs annoncé de façon prémonitoire, au cours d'une interview, sa probable exécution exigée par des dignitaires qui voyaient dans cet homme charismatique et populaire une véritable menace.

Nos repères d'occidentaux sont bousculés tout au long du film car les relations entre l'homme, l'enfant, la mère biologique et l'Etat  sont finalement assez complexes et , bien entendu, tout est dans la démesure (la foule, les distances infligées à Budhia, l'effervescence médiatique, la corruption, les émotions....) et comme il est dit en préambule du doc : "Seuls les extrêmes suscitent de l'intérêt en Inde". Il est très difficile, on imagine, d'exister en tant qu'individu au milieu d'un milliard et demi de concitoyens, surtout si l'on est très pauvre.

Après la mort de son entraîneur, qui avait fini par officiellement l'adopter, Budhia retrouve un calme et un apaisement tout à fait relatif car il est placé dans un internat sportif d'état et semble bien sûr toujours "habité" par son mentor et son rêve de Jeux Olympiques. On le retrouve quelques années plus tard d'ailleurs dans ce reportage.

Pour ceux que cela intéresse et qui sont tentés par cette immersion totale et outrancière dans une vie indienne extra-ordinaire, je peux vous faire parvenir (Dropbox par ex) le fichier du film. On peut s'arranger en message privé.

Mais attention à laisser quelques idées reçues de côté avant d'entamer le visionnement, le voyage n'est pas de tout repos.




dimanche 29 mars 2015

Le Bharathon de Raj Vadgama

"If people don't laugh about your goals. They are not big enough". On pourrait approximativement traduire la devise de Raj Vadgama par "Si les gens ne rient pas de tes objectifs, c'est que tu n'es pas assez ambitieux".

Dans l'univers de la démesure et du running je viens de dégoter un sérieux client, le dénommé Raj Vadgama, vivant lui-même dans un pays habitué aux excès.
Il est le premier homme à avoir réalisé le Bharathon. Non il ne s'agit pas de la tournée des bars, mais bien du tour de l'Inde (Bharat en sanscrit), soit 10 000 bornes en courant et en moins de 6 mois. Il a joyeusement avalé l'équivalent de deux marathons chaque jour, aidé par de nombreux supporters qui ont, tour à tour, partagé quelques kilomètres avec lui.


Le périple a débuté le 15 Août 2014 pour s'achever le 25 janvier dernier à Bombay. La volonté de Raj à travers cet exploit était de promouvoir la course à pied (principalement dans les villages indiens). Voici une petite vidéo du début de son voyage.



L'homme est un habitué des très longues distances car il avait déjà réalisé l'exploit en 2011 de rallier Delhi à Bombay (1500 km) en 30 jours.


J'avoue que depuis ma lecture de "La grande course de Flanagan" dont je parle ici je voue, comme qui dirait, une fascination à ce type de coureurs et d'aventures.

Et je me prends à rêver d'un jour où, moi aussi, je ferai le tour....de mon quartier (Le quartierthon).


jeudi 26 mars 2015

Lettre à mon fessier (plus particulièrement le côté droit)

 Cher derrière,

Voilà maintenant 43 ans que tu me supportes, surtout lorsque je m'assois (sur une chaise ou un vélo).
J'ai d'ailleurs toujours eu la plus haute estime de toi, dans ton ensemble. Je n'ai jamais favorisé une fesse par rapport à l'autre au gré de mes opinions politiques ou d'une tenue vestimentaire. Tu pourras quand même reconnaitre que je suis resté neutre et impartial.
J'ai toujours pris le plus grand soin dans le choix de mes slips afin que tu te sentes protégé et valorisé. Tu n'as jamais eu à souffrir d'un quelconque coup de soleil sur la plage car je sais à quel point tu es sensible et que tu rougis facilement.


 Il y avait bien eu ce furoncle en 1989, mais après consultation par les plus grands spécialistes, le mal avait été éradiqué en moins de deux, et tu retrouvais ta peau de bébé.

Je croyais donc que nous étions amis et que nous éprouvions le plus grand respect l'un pour l'autre.
 
Or aujourd'hui, tu as décidé de lancer un cri d'alarme et de douleur car je t'ai maltraité depuis quelques semaines. Pour être plus précis, j'ai cru comprendre que la rébellion venait du côté droit, dans les environs du moyen-fessier et qu'un certain tendon s'était érigé en figure de proue de la contestation, avec une fâcheuse tendance à l'inflammation. Il a le sang chaud, je l'ai bien compris.

Tu t'es, en quelque sorte, mis en grève et sans toi je suis coincé.
Finies pour moi les grandes cavalcades dans les prés et les chemins sans un fessier à 100% motivé et concerné.

Je sais, j'ai été trop dur avec toi, je ne t'ai pas ménagé et j'entends ton appel au secours, comme le ferait un homme politique avec ses concitoyens (en un mot) entre deux tours des cantonales, enfin je veux dire des départementales. Je t'ai compris.
C'est pourquoi je ne te demanderai plus rien d'exceptionnel pendant les deux semaines à venir. Juste d'assurer le service minimum.

Prends exemple sur ton homologue du côté gauche. Il ne moufte pas lui. Il est obéissant.
Alors si tu souhaites que nous collaborions encore ensemble pour accomplir des choses exceptionnelles, je t'en conjure, demande à ton tendon de se calmer et de garder la tête froide.

De grandes courses nous attendent, et j'ai besoin d'un derrière uni, capable d'aller de l'avant.

J'ai besoin d'un derrière qui soit prêt à mouiller le short.

Bien à toi,

Ton ami.

PS : derrière cette paire de fesses il y a un coeur qui bat


jeudi 19 mars 2015

10 moyens de survivre à une blessure tout en perdant sa dignité

Il n'y a rien de pire pour un coureur blessé que d'être obligé de regarder les autres courir. C'est bien connu. Alors il existe des moyens de s'en sortir au prix de quelques sacrifices (pour sa santé mentale ou physique), mais on n'a rien sans rien.

Voici une liste tout à fait personnelle et non exhaustive qui m'aide à tenir....ou pas.

1- Continuer à courir. "Rien à péter de cette petite douleur. Il fait beau, je viens de m'acheter une nouvelle paire de running et même si j'y vais en boitant ça finira bien par passer."


Cela s'appelle la tactique du bourrin. Petit inconvénient, cela risque de vous mener vers une immobilisation plus longue et du coup il faudra se tourner vers les neuf autres points.

2- Se droguer. "Je suis en manque d'endorphines, et il est temps de se trouver un dealer pour palier à ça. La sensation d'être un sur-homme après avoir achevé un marathon me fait défaut et je dois remédier à mon manque d'assurance en me tournant vers des paradis artificiels."


C'est une bonne idée mais attention aux courbatures lorsque vous reprendrez.

3 - Boire. "Il y a un reportage sur l'UTMB dans Stade 2 et je vais m'envoyer un pack de bières en regardant ces cons courir en short. Et ce soir il y a foot non ?"


Vous tenez le bon bout car regarder une émission de sport en étant à jeun et sans avoir fait de sortie longue le matin pour vous calmer est juste inhumain.



4 - Se tourner vers la religion. "Et si j'allais à la messe ce dimanche pendant que tous ces cons vont courir ?"


Là encore, c'est très judicieux car il faut occuper son esprit. Une secte fera très bien l'affaire également.

5 - Tenir un blog de running. "Je me fais vraiment chier aujourd'hui. Tiens, si j'écrivais mon 12ème post de la journée ?"


No comment.
Petite précision quand même, il vaut mieux éviter de lire les autres blogs de running ou de consulter twitter pour ne pas remuer le couteau dans la plaie.

6 - Voir un psy. "Alors voilà, j'ai rêvé que j'étais kenyan et je courais hyper vite sans être fatigué mais sur la ligne d'arrivée il y avait ma mère qui m'attendait, elle avait une médaille en chocolat pour moi."


Il est toujours bon de se confier à un professionnel.

7- Prendre un animal de compagnie. "Médor au pied ! Mais fais attention à ma cheville..."


Ne restez pas seul.

8 - Re-devenir accro aux jeux vidéos. "Ah c'était quand même autre chose Space invaders !"


Abrutissez-vous, c'est ce que vous avez de mieux à faire.



9 - Se faire l'intégrale de "Plus belle la vie". "Mais pourquoi ils n'ont pas l'accent de Marseille ?"


Comme pour le point 8 il faut, en période de blessure, éviter de réfléchir.

10 - Il n'y a pas de point 10, je n'ai pas que ça à foutre !


En effet cette situation risque de vous porter sur les nerfs, surtout lorsque le printemps approche et que vous appréhendez de lire les prochains compte rendus des R.P de tous ces cons en short.
Non je ne suis pas aigri mais trop c'est trop.

PS : Belle-maman R.P veut dire Record Personnel et UTMB = Ultra-Trail du Mont-Blanc


Rémy et La Barkley

A l'heure où le TFC est au fond du trou et que le stade Toulousain n'est pas au mieux il nous reste encore un vrai sportif dans la ville rose.
Un coureur de l'extrême qui a les "cojones" de s'attaquer à l'une des courses les plus difficiles au monde, La Barkley.
Le type, Remy Jegard, journaliste sportif de profession, va s'envoler, fin Mars, pour les Etats-Unis, et plus particulièrement pour le Tennessee, son futur terrain de jeu.


(Sur les coteaux de Pech david)

La Barkley fascine autant qu'elle fait peur. Seuls 14 coureurs ont réussi à ce jour à la terminer sur environ un millier d'inscrits depuis 1986. Le challenge est donc énorme et Lazarus Lake met un point d'honneur à en imaginer les pires difficultés depuis qu'il l'a créée.

C'est d'abord lui qui choisit les participants sur lettre de motivation, à laquelle il répond, si cela est positif, par une lettre de condoléances conviant, malgré tout, l'heureux élu à venir se mesurer au nouveau tracé qui n'est dévoilé qu'au dernier moment. Quarante personnes sont choisis ainsi selon les critères assez particuliers de Lazarus.

Inutile de vous dire qu'il faut avoir la tête froide pour oser se cogner un tel parcours. Cela tombe bien car l'essentiel se fait dans les entrailles de la forêt de "Frozen Head".



Il y a des chiffres qui font froid dans le dos également : 160 km, 16 500 mètres de dénivelé, 60h (durée maximum avant élimination).
De plus Mister Lake à ritualisé certaines choses qui ajoutent au charme et au mystère de la course.
Une corne de brume par exemple prévient les participants, éventuellement en pleine nuit, de l'imminence du départ.
Il y a également ces livres qu'il faut dénicher dans les bois et dont il faut arracher la page qui correspond au chiffre de son dossard.
Tout cela entretient la légende bien sûr.

Du coup le 27 et 28 mars j'aurais une pensée pour Remy Jegard, courageux coureur Toulousain qui essaiera de faire l'exploit en sortant vainqueur (je veux dire finisher) de ce cauchemar Américain.

Et j'aurai peut-être une pensée également pour Eddy Barclay en fredonnant avec la voix de Johnny, "On a tous quelque chose en nous de Tennessee...".


jeudi 12 mars 2015

Ma séance chez l'ostéo-papatte (2ème partie)

14h45. L'heure fatidique a sonné.
Je me retrouve en face à face avec une jeune professionnelle du remodelage squelettique.
Elle note tout de suite que j'ai l'oeil morne et le poil triste lorsqu'elle me caresse le crâne.
- Que se passe-t-il ?" me lança-t-elle après une première inspection.
-"J'ai mal à la patte." lui répondis-je mollement. "La droite". "J'ai peur de devoir prendre ma retraite et que l'on me destine à accompagner des lasagnes frelatées ou au mieux que l'on me laisse finir ma vie dans un pré".

Bon après cette introduction un peu mélo-dramatique, l'atmosphère se détend lorsque nous parlons sabots et je constate qu'elle s'y connait pas mal en running.
Je lui parle Brooks, elle me répond Adidas, je lui suggère New Balance, elle  évoque
 Mizuno (comme ça y en a pour tout le monde).

Elle remarque très vite que mon bassin a vrillé (mon cerveau aussi mais elle a la politesse de ne pas me le dire).

Je suis invité à m'installer sur son engin de torture afin qu'elle puisse débloquer la situation.

Après moult manipulations et non sans m'avoir promis la carotte si je me tenais bien, elle semble satisfaite du travail accompli.
Ok je me remets debout, tant bien que mal,  et j'espère avoir retrouvé un certain équilibre, j'en ai besoin.
Elle m'offre ma récompense tant attendue lorsqu'elle m'annonce que je pourrai reprendre la course à pied dés ce w-e si je le veux.
Je suis quand même plutôt étonné, car je ne suis pas sûr d'être suffisamment en cannes pour pouvoir gambader si vite.

Par contre une autre douleur s'est éveillée au moment de régler la séance.
Comme l'aurait fait Robert Redford, elle murmure à mon oreille le prix de sa prestation.

-"65 euros ????".

Et je ressors de son cabinet, clopin clopant, avec l'étrange sensation d'avoir quand même un peu mal au cul.

(ah voilà, c'est le bon côté !)